Jean de Nivelles

 

Sur un tas de détritus, en bordure de la Senne un canapé en faux style Louis XVI. Il attirait sur ses bras mouettes et goélands. Dès qu’ils prenaient leur envol, pour plonger quelques instants plus tard dans le dépotoir, leurs ailes créaient un va-et-vient parmi la mousse du canapé éventré et le tissu se désagrégeait encore plus. Une araignée qui en avait assez d’être sans cesse dérangée tissa une toile si fine qu’elle en était invisible même au regard scrutateur du sieur Jean de Nivelles et pourtant si solide que le marteau de l’homme en or n’aurait pu la briser. Ce fut ainsi que les bords du tissu se ressoudèrent pour donner au canapé l’apparence de neuf. Et bientôt les volatiles ne purent plus y déposer leurs pattes tant la toile était gluante. La glu collait si fort aux pattes palmées qu’aux moindres mouvements les volatiles marins s’envolaient sans leurs accessoires à palmes. Et donc ils ne pouvaient plus y prendre leur envol et s’y reposer. Et ce fut dans cet état de restauration que le canapé retrouva une seconde vie. Jean de Nivelles, de sa fenêtre, rempli d’envies de se dégourdir les jambes et de s’asseoir sur ce canapé, au fond du cloître de la collégiale, dans un endroit secret, en bordure d’une margelle de puits, le déposa. Et régulièrement assis jetait aux alentours des regards de satisfaction.

-      Enfin seul, se disait-il dans son for intérieur. Plus de cloches à faire sonner, plus d’el bètchéye rôti montant à mes narines. 

C’était compter sans l’araignée qui, à la longue de recevoir sur sa tête les fesses dures de cet homme doré, excédée le mordit d’une telle force que la robe caparaçonnée se troua.

-      Aie, fit-il en se frottant le derrière malmené. Voilà l’aiguillon du diable qui m’annonce la fin de la pause.

De rage, Jean de Nivelles détruisit le canapé qui se retrouva sur le tas de détritus. Ainsi le vent, la pluie et le soleil eurent raison de son éclat et de l’araignée qui s’en alla tendre sa toile entre deux branches.

 

© Krystin Vesterälen – 15 juin 2014

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